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5. Une descente progressive aux enfers

Les nouveaux associés

"En 2007, le succès du service et les cinq années d'investissement m'avaient épuisés. J'envisageais de trouver des associés. Seulement, j'ai fait l'erreur que beaucoup font, de m'associer trop rapidement avec des personnes que je ne connaissais pas suffisamment.

Le premier (FC) faisait partie de l'équipe des accompagnateurs de la couveuse d'activité qui hébergeait mon projet. D'après ses dires, il attendait depuis longtemps que je lui fasse la proposition. Il ne s'est donc pas fait attendre pour répondre positivement. Le second (GG) était le petit ami d'une très proche amie de ma femme. Il m'avait confié avoir voulu créer le même service à Toulouse mais y avoir renoncer devant le fait accompli : Cyclocity Transport existait déjà. Son histoire m'apparaissait témoigner d'une réelle motivation et il semblait pouvoir apporter une force commerciale au service. Enfin, le troisième (BF) était la personne inattendue. Il était employé sous l'association depuis plusieurs mois, voire une année. GG avait pris l'initiative de lui parler du projet de basculement en SARL avec plusieurs associés. C'est ainsi, que GG me rapporta le souhait de BF de participer au projet en s'associant également. Il se fit son intermédiaire, son porte parole. Le fait que BF ait été un employé du service rendait légitime qu'il ait cette possibilité de s'investir davantage. Néanmoins, son choix me surprenait dans le sens où il m'avait auparavant signalé qu'il avait d'autres projets et que le travail de livreur à vélo n'était qu'une transition. Ce qui logiquement est le cas de l'écrasante majorité des employés livreurs. Il voulait donc abandonner ses anciens projets pour se joindre à nous. Le quatrième associé est un artiste de danse contemporaine pour qui ma femme travaille. Devenu ami, il a proposé son soutien et le plus gros investissement financier. Tous les associés, à part l'artiste, s'investiront physiquement dans la SARL dont deux en tant que salariés et FC en tant que gérant associé. J'étais le gérant majoritaire et je n'ai jamais voulu cesser d'effectuer des livraisons.

Le partage des parts dès le départ

Un événement à l'époque prend aujourd'hui toute sa signification. Au départ , alors que l'initiative était la mienne et que la création de la SARL ne pouvait se faire sans moi, je proposais à mes associés d'être à égalité en terme de part et de pouvoir. Autrement dit, j'avais créé un service et oeuvré à son développement pendant cinq ans, amené une clientèle et des véhicules (4 tricycles à assistance électrique et 2 biporteurs), et j'étais disposé à me mettre en péril dans un souci d'équité. Je ne voulais pas voir le risque. Je voulais faire confiance aux autres et mettre en pratique les valeurs qui sont les miennes de partage et d'équité. Je ne voulais pas être égoïste et dans la peur des autres. Car les principes de l'écologie s'appliquent également à l'organisation de l'entreprise et au cadre des relations humaines.

Fort heureusement, mon entourage me conseilla et je pris conscience que cela était trop risqué. D'ailleurs je le ressentais instinctivement : j'entendais une petite voix me dire "attention tu t'égares". Je n'avais pas besoin de brûler des étapes comme cela, et surtout mes proches me rappelait que je méritais ma situation.

Cette proposition d'équité était un message adressé à mes associés. Une manière de leur dire "voyez vous êtes les bienvenues ; ce projet vous appartient autant qu'à moi ; je ne recherche pas le pouvoir ; Je voudrais qu'on coopère sur un pied d'égalité ou d'équité, un travail d'équipe." Mais il s'agissait également de me débarrasser inconsciemment de la culpabilité d'être le leader, le meneur, le dirigeant. Comme si cette place n'était pas la mienne. Comme si je n'y étais pas à ma place. Problématique centrale qui est la mienne et dont je tenterai d'expliciter les causes un peu plus loin. Néanmoins vous avez une idée de l'état d'esprit qui était le mien et qui s'appuie sur les valeurs profondes que j'analyse ici. Certains diraient que ce sont des valeurs de bisounours... Oui dans un monde de loups ! Mais pas dans l'absolue de mes valeurs.

Lorsque j'ai annoncé le retrait de cette offre à mes futurs associés, l'un d'eux, le BF inattendu, eut une réaction agressive et de reproches assez violente. C'était la première fois qu'il se permettait d'être agressif envers moi. J'avais dû à ce point le perturber dans son projet ou son plan.

Des reproches à la chaîne s'enchaînent

Rapidement après la création de la SARL Cyclotransport, j'entrepris de faire une expérimentation parisienne de dix jours en hiver. Le principe était de rejoindre notre fournisseur anglais de tricycle à Paris et de s'essayer au vélo-taxi dans l'idée de s'associer sur la Capitale. BF était particulièrement critique, GG plutôt silencieux et FC compréhensif. BF reprochait de ne pas payer un organisme pour faire une étude de marché en avançant que cela coûterait moins cher. Or il s'avérait qu'au contraire, ce type d'étude était plus coûteux. De mon côté, je pensais que rien ne remplacerait le fait d'être sur le terrain et de pratiquer le vélo-taxi. Aucun centre d'étude ne l'aurait fait pour évaluer un marché, qui plus est nouveau. Je suis partis dans cette aventure relativement peu soutenu. Afin de réduire les coûts je dormais dans une buanderie d'hôtel, dans un garage ou une fois chez un ami aux environs de Paris. Toute la journée dehors jusqu'au soir tard en évitant de se réchauffer dans un café parisien dont on sait oh combien les tarifs sont élevés. Au fur et à mesure du séjour je sentais que les résultats leur importeraient peu et que le choix était déjà fait. J'étais donc confronté pour la première fois dans l'histoire du service, à renoncer à mon ambition. Car je n'envisageais pas de poursuivre sans un consentement totale des collègues. Même si le pouvoir m'y autorisait, le principe moral (les valeurs qui sont les miennes) s'y opposait.

La première année de la SARL fut pour moi une descente progressive aux enfers. GG le commercial ne cessait de vouloir tout le temps redéfinir l'organigramme des fonctions de chacun. En réalité, il s'agissait essentiellement de ma fonction. Il fallait qu'il remettre régulièrement en cause ma manière d'être gérant majoritaire, tachant avec le soutien des deux autres de réduire mes prérogatives. C'est ainsi que je déléguais davantage et me concentrais presque exclusivement à la livraison. Au moins sur mon vélo je me sentais bien.

FC me travaillait au corps par sa gentillesse. Il insistait pour savoir si je me sentais prêt à gérer une société plus grande, ou si je souhaitais qu'elle reste petite. Il avait gagné ma confiance. Ce sera l'un des trois associés auquel je confierai mes doutes, et mes peines. J'apprendrai plus tard qu'il fuitait aux autres associés. Progressivement, je perdais goût à mon activité. J'allais au travail avec le mal au ventre, la boule au ventre, la peur au ventre, car je savais ce qui m'y attendait. Des remarques apparemment innocentes, des tons de voix, des regards, des indifférences, etc. Je ne pourrai vous citer la liste trop longues des faits. Je me contenterai donc de vous en exposer qu'une poignée. Cela a duré un an. C'est énorme.

Un rendez-vous était donné au local avec un journaliste qui voulait particulièrement connaître les motivations qui m'avaient animées la création d'un "service de transport de personnes et de marchandises à tricycle". Tous étaient présents lors de l'entretien. Tous se passait convenablement lorsque le journaliste me demanda un catalogue des vélos spéciaux que nous vendions également. Il restait de nombreux catalogues portant l'ancien nom du service (Cyclocity Transport) mais pas de catalogues récents avec le nom de la SARL (Cyclotransport). J'expliquais cela au journaliste en lui disant que le contenu était identique. Ce dernier n'y voyait aucun inconvénient. Mais GG rétorqua ouvertement que cela ne faisait pas professionnel de remettre ce catalogue. J'insistais en ré-argumentant et il insista sur le côté non professionnel de ma démarche. La situation était délicate et embarrassante qu'un associé fasse ce type d'évaluation négative d'un collègue devant un journaliste. Cela ne donnait pas l'impression d'une cohésion et faisait sentir une forme d'animosité. Dès que le journaliste quitta le local, G très nerveusement pris l'ensemble des catalogues et les descendit à la cave comme on jette des détritus dans une poubelle. Il faisait passer un message par la force. Depuis que j'ai été responsable d'employés j'avais toujours pris soin de ne jamais réagir à chaud, puisque je suis du type sanguin, afin de ne rien faire que je pouvais regretter par la suite. Je remontais illico presto les catalogues sans dire un mot. Lui, claqua la porte en grognant. Les autres n'ont pas pris parti, en apparence... Car qui ne dit mot parfois consent. Tout peut se dire et se discuter mais nul n'est besoin de le faire de la sorte en décrédibilisant un de ses collègues, en le rabaissant, en véhiculant l'idée qu'il n'était pas professionnel, donc pas à sa place. Le choix de le faire en public n'est pas anodin et manifeste bien une intention de nuire.

GG et BF aimaient particulièrement regarder des scènes horribles d'accidents mortels, d'exécutions ou de réelles bastons sur l'Internet du local,. Ils savaient que javais horreur de la violence. Que je ne supportais pas, par exemple, les films d'horreur parce que je les trouvais trop réalistes ou réalisables. Cela peut paraître étrange mais il me semble que j'ai hérité de l'histoire de mon père sans qu'il me l'ai raconté. Il est née en Algérie de famille espagnole. Il a dû quitter le pays en 1962. Ce n'est que récemment que j'ai pu avoir des informations plus précises sur le calvaire de l'Algérie. Lorsqu'il avait une petite vingtaine d'années, sa mère, en accompagnant sa fille en soirée, à Oran, fût assassinée sous l'effet d'une bombe jetée sur la voiture. Je ne sais ce qu'est devenu sa fille. C'était le lendemain de l'anniversaire de ma grand-mère, qui est magnifique sur la photo prise la veille. La seule que j'ai pu voir. Mon grand père est mort accidentellement mais je ne sais comment. Il était jeune. Je me souviens petit de la cicatrice qui entoure la taille de mon père. Lui aussi a été victime d'un attentat sur un bus, et il était à proximité. Les atrocités qui ont été commises là bas par les uns et les autres sont gerbantes et honteuses pour l'humanité. Je pense que certains traumatismes se transmettent de générations en générations par le silence et des phénomènes encore inexpliqués. Bref, la violence m'insupporte.

Ils me proposaient donc souvent de regarder avec eux, tout sourire, comme une provocation. Je refusait bien entendu sauf une fois et les images me sont restées. Prendre plaisir à la violence, à la mort, à la douleur, à la souffrance des autres, devrait vous donner un petit aperçu de la mentalité de ces deux associés. Plus tard je leur interdisais formellement ce genre de pratique sur le lieu de travail.

Il y avait trois personnes portant le même prénom dans Cyclotransport. En l'occurrence FC, un employé et moi. Nous étions les quatre associés au local quand GG et BF, toujours très proches et à se chamailler, parlaient de cela. BF dit alors qu'il faudrait en éliminer un parce que cela faisait trop. FC, comme à son habitude, resta silencieux sans demander à qui ils pensaient. Je n'ai rien dit non plus mais j'avais une vague idée qu'il s'agissait de moi.

BF avait pris l'habitude de me dire bonjour sur un ton très particulier. Mais comme il était réputé plaisanter tout le temps, il avait le bénéfice du doute. Néanmoins il ne le faisait qu'avec moi.

J'avais décidé de suivre une formation professionnelle à l'IAE de Toulouse en "management de l'innovation" pour me rassurer sur mon incompétence présumée, et comprendre quelle était ma relation avec la notion d'innovation. Puisqu'on m'avait souvent répété que j'avais innové et que cela je n'en étais pas persuadé. BF et GG argumentaient que la formation n'était pas opportune pour les finances de l''entreprise et en terme de disponibilité de ma part. La formation était pratiquement totalement remboursée. En terme de disponibilité, les cours n'avaient lieux que le vendredi après-midi et le samedi matin. J'ai plutôt l'impression qu'il ne voulait pas que j'acquière des compétences supplémentaires. Cela allait contre leur stratégie de dévalorisation. Un jours que j'étais en salle de cour, BF me téléphona. il venait d'avoir une crevaison avec le tricycle. Ne sachant pas se débrouiller seul, parce qu'il n'avait jamais voulu vraiment apprendre, considérant que ce n'était pas son boulot, il me demanda de venir l'aider. J'essayais de lui expliquer par téléphone, du couloir de l'université, pendant que le cour continuait. Il était hyper stressé et menaça de foutre le vélo dans la Garonne, en précisant bien "ton tricycle de merde". Lorsqu'il y avait problème, les choses me ré-appartenaient subitement et ces choses étaient dévaluées ! Encore de l'agressivité à mon encontre. Manifestement il avait une dent contre moi.

J'ai obtenu mon diplôme même si j'avais dû repousser ma soutenance à cause d'un arrêt vasculaire cérébrale. Cet accident rappelle qu'il ne faut pas jouer avec les gens, ne pas sous-estimer le mal qu'on leur fait. Voyez dans ce qui suit comment j'en suis arrivé là.

Cela faisait un an que je ne parlais plus de mon activité à ma femme. C'était un sujet sensible et je pouvais m'énerver. En fait, j'avais honte ; je n'étais pas fier de moi et surtout je ressentais de plus en plus le sentiment non seulement de ne pas être à ma place parmi mes associés, mais de n'être à ma place nulle part. Je commençais alors à envisager de quitter la SARL et j'en discutais avec FC. Un jour, j'étais seul chez moi et j'eus une forte envie de marcher tout droit le long du canal du midi et de ne plus revenir. Alors je me suis mis à marcher et au bout d'un certain temps j'ai eu faim et envie d'aller aux toilettes. Alors j'ai fait marche arrière. De simples besoins organiques m'ont fait revenir. Puis j'ai craqué et me suis enfin confié à ma femme. Et là elle m'apprit que j'étais victime de harcèlement moral. En effet, j'étais seul dans un groupe qui avait oeuvré à m'exclure progressivement en me dévalorisant.Un long travail de sape avec leur assentiment plus ou moins conscient (je ne suis pas dans leur tête). Ils avaient pour objectif de me nuire. Je me suis alors documenté sur ce qu'était le harcèlement. Et en effet, j'en étais victime. Mais pourquoi moi ? "

Dans la prochaine partie je vous parlerai du revirement de situation, des Prud'hommes et de l'AVC. Après ce long récit, nous pourrons retourner à l'analyse dont j'ai préparé le terrain en présentant des concepts analytiques en P2 et P3.

Photo prise par Lokidor

Photo prise par Lokidor

Tag(s) : #Introspection, #Cyclotransport, #harcèlement

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