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Comme un château de cartes

"Lorsque j'ai réalisé que mes associés m'encourageaient à quitter mon poste, qu'ils m'accompagnaient à grands pas et tout sourire vers la sortie, mon sang ne fit qu'un tour et ma conscience 360°. Ils me poussaient vers la sortie. Alors qu'ils touchaient la victoire du bout du doigt, j'allais reprendre les rennes de mon destin. Le retour serait d'autant plus violent qu'inattendu. Avec calme et persévérance je reprenais le travail de plus bel en m'imposant conformément à la place qui était la mienne. Progressivement le trio se décomposa tel un château de cartes.

FC qui jouait de mes confidences et avait toujours fait en sorte de ne jamais prendre partie ouvertement, tel un ventre mou, fût explicite pour la première fois. Il décida en effet officiellement de quitter le champ de bataille en courant littéralement. Mais il laissa en guise de cadeau-souvenir un reproche écrit noir sur blanc. Il convoqua une assemblée extraordinaire pour déposer sa démission du poste de co-gérant inscrivant pour motif que ma gestion et mes décisions étaient néfastes pour la SARL. Bien entendu, je ne su jamais de quelles décisions précisément il s'agissait.

BF m'avait prévenu oralement que son ami et collègue GG n'allait pas en rester là. GG était hargneux. En effet, il est celui qui poussa l'agressivité le plus loin. BF me proposa un licenciement à l'amiable. Je respectais son choix et nous finîmes notre collaboration employé-salarié un mois plus tard.

GG tomba subitement malade et brilla par son absence, lui qui aimait être omniprésent, omniscient et omni....chiant. Son arrêt maladie fût motivé par la médecine du travail, qui m'encourageait ainsi à le licencier pour "inaptitude médical". C'est la loi qui le veut si vous ne pouvez pas lui proposer un autre poste au sein de l'entreprise, ou dans une autre entreprise. Je me retrouvais donc seul à gérer la SARL avec environ trois employés et plus de travail puisque je me substituais à la partie livraison logiquement impartie à GG, puis un mois plus tard à FB.

Quand un employé tombe malade longtemps, il faut à un moment donné payer une partie des frais et respecter toute une procédure juridique. Des frais pour maladie et des frais pour le remplacer. Lorsque vous êtes une toute petite structure, ce type de situation peut suffire à faire couler la société. Je décidais donc de prendre sur moi. Par sécurité je pris contact avec une avocate qui m'accompagna scrupuleusement dans l'aventure. Je savais que GG était un procédurier agressif. Je savais aussi qu'il avait un membre de sa famille aux Prud'hommes de Toulouse."

La convocation

"Ce fut un choc quand je reçu une convocation des Prud'hommes pour harcèlement moral au travail sur la personne de GG. il semble que ce dernier avait dû estimer que m'accuser de ce en quoi il était lui-même coupable était la meilleur défense. De mon côté je ne voulais pas porter plainte pour harcèlement. J'avais déjà suffisamment de chats à fouetter ; je me sentais de plus en plus fatigué ; et surtout j'estimais que j'avais ma part de responsabilité. Une de mes règles de conduite a toujours été de travailler mes défauts au lieu de m'attarder sur ceux des autres. Pour me soutenir dans la lutte je voyais régulièrement un psychologue car je me trouvais tout de même dans un piteux état psychologique, capable de pleurer comme une fontaine n'importe quand, ayant l'impression d'être saoul et d'avoir du mal à respirer. J'étais dépressif tout simplement. J'ai toujours refusé de prendre des anti-dépresseurs. Et pour cause, j'en ai vu les dégâts au travers de l'expérience de ma mère."

Prédisposé

"Ma mère est un cas. Lorsque j'étais enfant, entre neuf ans et quinze, j'ai assisté à trois ou quatre de ses tentatives de suicide : corps inerte étalé dans la salle de bain fermée à clé, ou dans les toilettes. Seul un de mes associés parmi les trois, le ventre mou FC, connaissait cette histoire. L'enfant que j'étais s'était un jour fait la promesse de ne jamais se suicider, et même de rire au plus fort de son malheur.

J'avais un terrain privilégié pour être victime d'harcèlement. De ma jeunesse, j'avais hérité d'un sentiment profond de ne pas être à ma place. Ma mère m'aimait-elle pour vouloir me quitter ? Mon père avait été écarté par ma mère et son absence sonnait à mon coeur comme de l'indifférence. Elle parlait des hommes, de tous les hommes, en terme très négatifs ("salauds") Or j'étais un homme. Ma famille est éclatée entre frères et soeurs, oncles, tantes et cousins. L'indifférence des uns par rapport aux autres est la règle qui souffre peu d'exception. Chacun d'entre nous semble fuir la famille pour se sauver, pour son propre équilibre. Alors bien entendu tout cela s'est somatisé en un bégaiement dès la rentrée au collège. En réalité mes problèmes d'expression avaient commencé avant mais je ne les ai réalisé comme un handicap qu'au collège. A la maison lorsque je bégayais, ma mère me disait de réfléchir avant de parler, que je voulais parler trop vite. Mes frères et soeurs, lorsque l'on se disputait m'appelaient "té-té télégraphe". Rien de bien grave dans tout cela. J'avais aussi du répondant : "serpent à lunettes" et "toi t'es née dans une poubelle". C'est violent quand j'y pense mais je ne faisais que répéter les insultes des plus grands."

L'AVC

"La convocation aux prud'hommes était fixée. Quelques jours avant il y eu un accrochage entre deux employés et moi. Ils se rebellèrent étrangement utilisant les mêmes reproches, voire les mêmes formulations que GG : "Pourquoi Cyclotransport ne se développe pas plus ? , etc." Et de manière un peu enfantine, à haute voix et à proximité pour que je les entendent bien, ils parlèrent de leur projet de créer leur société de livraison à vélo. En fait, celui qui reste dans le bateau est plus exposée à la critique que ceux qui l'ont quitté. J'étais tenu pour responsable du départ des associés. Si ils étaient partis c'est bien que j'avais fait quelque chose de pas bien. L'un d'eux dit qu'il ne reviendrait pas le lendemain. Je craquais alors seul dans le local en brisant une chaise à coup de pied. Malheureusement, l'un d'eux vit la scène de l'extérieur. Scène qui sera citée dans le dossier de GG pour signifier que j'étais violent.

Le lendemain les deux employés chômèrent leur porte, et non un comme j'avais compris. Donc je me retrouvais à gérer les livraisons de DHL, Fedex, Conseil régional et autres tout seul pendant deux jours. Les deux jours précédents la convocation. Quelle étrange coïncidence ! Il me paraît évident que le plan avait été orchestré par GG qui avait gardé contact avec les employés (d'où l'ajout de la scène de la chaise au dossier de la plainte). Encore heureux qu'il restait un employé-ami dans le lot qui me donna un coup de main ! eux jours infernaux où je ne mangeais presque rien. DE longues journées de stress et d'effort.

Se retrouver accusé par l'avocat de GG était un choc. GG n'était pas là sous prétexte qu'il n'était pas prêt psychologiquement à me faire face.. Je n'avais jamais eu affaire à la justice en tant que présumé coupable. Le sentiment d'injustice est dégradant. De victime j'étais considéré comme coupable. On m'accusait de harcèlement et de "licenciement abusif" sur la personne de GG. Les jours qui ont suivi, j'ai eu quelques vertiges violents dont un qui faillit me faire tomber dans la rue. Juste avant je rencontrais quelqu'un que je connaissais un peu et lui tint une conversation un peu illogique. Il a fait plus ou moins semblant de me comprendre et a poursuivit son chemin.

Le lendemain je fit l'effort d'aller à mon cours de karaté kyokushinkaï (mon troisième). Pendant la séance, j'ai eu une extrême faiblesse qui m'a forcé à m'arrêter et à rentrer chez moi à pied. Mais sur la route, une douleur dans la nuque côté droit s'intensifiait, et j'avais des fourmillements sur la lèvre inférieure droite et le bouts des doigts de la main droite.

J'ai dû m'asseoir à un arrêt de bus et demander à une automobiliste de prévenir les pompiers. Cette dernière, après m'avoir fait croire qu'elle le ferait, n'est jamais revenu. Elle avait dû me prendre pour un drogué. Derrière l'arrêt de bus, une femme de ménage sortait d'un immeuble. Je lui demandai de m'aider, d'appeler les secours. Elle aussi me dit "oui" mais ne revint jamais. Je ne parvenais pas à composer le numéro de téléphone de ma femme. Je ne sais plus par quelle miracle j'y suis tout de même parvenu. Elle me rejoignit rapidement à vélo et appela SOS médecin. Au téléphone, on me dit que je manquais de sucre, qu'il fallait que je rentre manger des pâtes et me reposer. Pourtant je leur avait bien décrit des symptômes qui n'étaient pas bipolaires, ce qui aurait dû les alerter.

Ce soir là je mangeais des pâtes et la douleur s'évanouit pendant la nuit. Le lendemain je me réveillai en pleine forme pour aller travailler. Puis le sur-lendemain matin, à huit heure, je me lève du lit pour me brosser les dents. Devant le miroir, la tête se met subitement à tourner comme un manège infernal, la rendant lourde et insupportable et non supportable. J'accompagne mon déséquilibre en me dirigeant vers la chambre à deux pas et en criant. Je tomber par terre sur le tapis de coco dans la chambre noire où ma femme dormait encore. Subitement elle se réveille, allume la lumière et vient vers moi. Dès que je bouge d'un centimètre je vomis. Le manège est insupportable. Ma femme me met les jambes au mur et je ne bouge plus. Mais de temps en temps, je dois vomir alors je me remet sur le côté ou à quatre pattes. Puis vint l'instant tragique où je me sentais appelé par l'au-delà et où je dit à ma femme "Adieu, je t'aime". J'en ai les larmes aux yeux à chaque fois que je repense à cet instant où ma vie a faillit connaître son terme. Il n'y pas d'intérêt, dans cette étude sur les valeurs et les buts qui ont motivé le projet, à ce que je vous détaille les sentiments, les difficultés de cet incident et de ce qui suivit. Je le ferai volonté dans un texte narratif un peu particulier sur lequel je travaille. Néanmoins, il permet de mesurer jusqu'où peut mener l'acharnement d'un groupe sur un individu. C'est comme un lynchage : chacun y va de son petit coup anodin qui ne remet pas sa conscience en cause, ni fait intervenir sa responsabilité, pour qu'au final cela participe d'un lynchage qui peut conduire à la mort de l'autre, au sens propre comme au sens figuré. La morale retrouve ici son bon sens : qui vole un oeuf vole un boeuf.

Certains se demandent si l'AVC est vraiment dû au harcèlement et ils ont raison. Nous ne sommes pas dans le cas d'une cause unique qui crée un effet directe et visible. Nous ne sommes pas non plus dans le cas d'une cause initiale et toujours unique qui enclenche un processus se terminant par l'AVC (C'est l'exemple de la boule de billard qui, poussée, en pousse une autre qui en pousse une autre jusqu'à ce que la dernière boule entre dans le trou). Nous sommes dans le monde complexe des être humains et des relations bio-psycho-socio-culturelles. Comme je vous l'ai dit, on peut également considérer que mon expérience de vie passée, mes caractéristiques propres, ont contribué à ce que je me retrouve dans la situation de victime. En cela elles constituent également un (des) cause(s). Ce qu'il faut retenir c'est que la méchanceté a été nécessaire sans être suffisante, pour aboutir à l'accident. Les médecins ne disent ne pas savoir, ne pas connaître la cause de la rupture de l'artère vertébrale droite par "micro fractures répétées". Le neurologue rejette la fatigue, la dépression comme étant ma cause. Alors disons que elles en forment au moins le terrain ou les conditions propices. En dehors du domaine biomédicale les avis sont différents et vont davantage dans mon sens. D'autant plus, que d'après mes recherches, nombreux cas d'AVC ont suivit des périodes de surmenage et de perturbations psychologiques. Etant donnés toutes les erreurs de diagnostiques qui ont précédé et suivies mon hospitalisation et ma rééducation, je doute grandement de la capacité de la biomédecine. Elle n'explique pas tout et ne le reconnaît pas. Parfois même elle est de mauvaise foi pour se protéger."

Nous avons désormais suffisamment de matière pour entreprendre l'analyse introspective d'un point de vue plus distancié. Je vous attends au prochain article.

Photo Lokidor

Photo Lokidor

Tag(s) : #Introspection, #Cyclotransport, #AVC, #Prud'hommes

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